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Massacres, disparitions: la face noire de la démocratie au
Pérou
Le 2 janvier 2010, la cour suprême du Pérou a confirmé la
condamnation d'Alberto Fujimori à vingt-cinq ans de prison
pour violations des droits de l'homme. Un arrêt historique :
pour la première fois en Amérique latine, un ex-président élu
est condamné pour violations des droits de l'homme après avoir
été extradé et jugé dans son propre pays.
La justice péruvienne considère en effet l'ancien président du
Pérou (de 1990 à 2000) comme l'instigateur de crimes commis
par un escadron de la mort, le groupe Colina.
Composé exclusivement de militaires appartenant au service des
renseignements, ce groupe est responsable de disparitions et
d'assassinats perpétrés au nom de la lutte contre le
terrorisme au cours de la guerre qui a opposé les forces
armées péruviennes à la guérilla maoïste du Sentier lumineux
entre 1980 et 2000.
Une guerre interne qui, selon la Commission vérité et
réconciliation, a fait près de 70 000 victimes. Si ces morts
et disparus péruviens n'ont jamais fait la une des médias -pas
même au Pérou- c'est parce que les trois-quarts d'entre eux
sont de jeunes paysans indiens, originaires des départements
les plus pauvres du pays.
Au Pérou, 13 000 disparus, dix fois plus que dans le Chili de
Pinochet
On estime aujourd'hui que le nombre de disparus dépasse les 13
000 -soit dix fois plus que dans le Chili de Pinochet. Mais
qui a jamais entendu parler d'eux ? Et pourtant, durant vingt
ans, la population indienne de l'Altiplano, déjà victime d'un
racisme ancestral, a été littéralement prise entre deux feux
-entre deux barbaries- et a vu se multiplier en toute impunité
les pires atrocités : tortures, viols, assassinats,
disparitions…
Tout cela, sous l'autorité de gouvernements démocratiques -ou
du moins démocratiquement élus- et dans l'indifférence de la
majeure partie de la population péruvienne et de la communauté
internationale.
Mais si la condamnation de Fujimori demeure historique, elle
reste insuffisante. Sur plus de 1 200 militaires et policiers
actuellement mis en cause pour violations des droits de
l'homme, une quinzaine seulement ont été condamnés à des
peines de prison ferme.
Ces deux dernières années, sur 31 jugements rendus, 29 ont
conduit à un acquittement, 2 à des condamnations - dont une a
été annulée par la Cour suprême.
Les vestiges d'un four crématoire retrouvés dans une caserne
C'est ainsi que pas un seul responsable militaire de la
caserne Los Cabitos, à Ayacucho, près de laquelle ont été
exhumés les ossements de 109 disparus, n'a encore été jugé.
Or, c'est également dans un ravin proche de cette caserne
qu'ont été découverts, en février 2005, les vestiges d'un four
et des restes humains calcinés.
D'après divers témoignages, des centaines de personnes ont été
incinérés dans ce four à l'époque où, de 1983 à 1985, la
caserne Los Cabitos abritait le quartier-général du
commandement politico-militaire de l'armée péruvienne.
Mais le ministère public péruvien ne reste pas inactif pour
autant. Le 5 janvier 2010, à la suite à une plainte déposée
par Alan Garcia, l'actuel président du Pérou, le procureur
général a accusé de prévarication (faute grave) Cristina
Olazábal, la procureure d'Ayacucho qui avait conduit les
investigations ayant permis de découvrir les restes de ce
four.
La procureure poursuivie menait une enquête sur l'actuel
président…
Selon les organismes péruviens de défense des droits de
l'homme et la FIDH, il s'agit là d'une accusation fallacieuse
contre une magistrate courageuse qui a su mener à bien
plusieurs enquêtes exemplaires sur des cas de violations des
droits de l'homme.
Et notamment une investigation sur le massacre de 62 paysans
indiens, à Accomarca, sous la première présidence… d'Alan
Garcia (1985-1990), laquelle l'avait conduite, en 2005, à
signer un réquisitoire contre l'actuel président de la
République. Déjà brutalement dessaisie du dossier en octobre
2006, elle risque désormais une condamnation de trois à cinq
ans de prison.
Il est vrai que tout cela se passe dans un pays où la
démocratie reste encore fragile -et où le ministère public ne
peut guère se payer le luxe de s'opposer au pouvoir politique.
Il va donc de soi que toute ressemblance -même lointaine- avec
l'actualité hexagonale de ces dernières semaines ne peut être
que purement fortuite. www.rue89.com - Daniel Dupuis -
02/15/2010.
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