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Le président Correa fragilisé par la question du pétrole amazonien


Ecologistes infantiles !" Le président équatorien, Rafael Correa, ne mâche pas ses mots. En ligne de mire, les membres de la commission Yasuni chargée de trouver les financements internationaux qui devaient permettre à l'Equateur de ne pas exploiter le pétrole de l'Amazonie. Ils ont démissionné en bloc, mercredi 13 janvier, y compris le ministre des relations extérieures.

"Derrière le ministre Fander Falconi, il y a tout ce cercle des écologistes infantiles qui voudrait nous imposer 100 000 km2 de bois protégé - en gros, toute notre forêt amazonienne -, qui voudrait que nous n'exploitions pas le pétrole pour que les oiseaux vivent heureux pendant que les êtres humains meurent de faim", a lancé, vendredi 15 janvier, M. Correa qui dissimulait mal son courroux.

En septembre 2007, c'est pourtant le président de l'Equateur lui-même qui présentait à l'Assemblée générale des Nations unies l'"Initiative Yasuni - ITT" (du nom des trois champs pétroliers Ishpingo, Tambococha et Tiputini), joyau vert de sa "révolution citoyenne".

Pour protéger la biodiversité et les droits des Indiens de la jungle, Quito proposait de ne pas exploiter les réserves de brut - estimées à 850 millions de barils - mises en évidence dans le parc naturel Yasuni. L'Equateur souhaitait que la communauté internationale compense cet effort sans précédent par le biais de mécanismes financiers et la création d'un fonds sous contrôle de l'ONU. Jugée avant-gardiste ou utopique, l'initiative avait surpris par son originalité.

"Référendum"

"Notre proposition a reçu un accueil très favorable, notamment en Europe, explique Roque Sevilla, membre démissionnaire de la commission Yasuni. Les négociations engagées avec l'Allemagne, l'Espagne, la France, la Belgique et la Suède nous permettaient d'escompter entre 1,5 et 1,7 milliard de dollars sur treize ans. Le fonds des Nations unies allait être mis en place dans les semaines à venir."

Mais, le 9 janvier, coup de théâtre : M. Correa jugeait "honteuses" les conditions imposées par les bailleurs de fonds - soucieux de maintenir un droit de regard sur la gestion de ceux-ci. Le président refusait de voir "bafouée la souveraineté de l'Equateur" et menacait même de faire démarrer le forage dans le parc national Yasuni "dès le mois de juin 2010", précipitant ainsi la démission de toute la commission.

Chez les Verts équatoriens, la déception est grande. Les uns veulent croire que M. Correa a été mal informé. Les autres craignent que les pressions du secteur pétrolier aient raison des "fragiles" convictions écologiques du chef de l'Etat. Samedi 16 janvier, le président a assuré que l'initiative Yasuni "continue", mais, de l'avis général, elle est condamnée.

M. Sevilla reste malgré tout optimiste : "La mobilisation des écologistes et du mouvement indigène - très concerné par l'exploitation des ressources naturelles - pourrait à terme déboucher sur un référendum, qui obligerait le pouvoir à renoncer au pétrole de Yasuni. www.lemonde.fr - Marie Delcas - 19/01/2010

 

 

 

 

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